25 Sep 2018

Par: Cabinet Psy Macon

Portraits

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Psychiatre, psychologue, psychanalyste, Serge Tisseron décrypte depuis longtemps l’effet des images en tous genres et des nouvelles  technologies sur notre vie quotidienne. Il s’intéresse à leurs répercussions sur  la santé psychique des enfants, après avoir commencé par « analyser » Tintin en 1985.

Serge Tisseron naît à Valence en 1948. Après un baccalauréat section philosophie, il prépare l’Ecole Normale Supérieure en section littéraire. Plus tard, en 1975, il présente sa thèse de médecine sous forme d’un album de bandes dessinées consacré à l’histoire de la psychiatrie afin de montrer que les images sont une forme de symbolisation du monde à part entière à égalité avec le langage parlé/écrit.

Praticien hospitalier de 1978 à 1997, il  fonde début 1990 une unité mobile de soins palliatifs à l’hôpital de Villeneuve Saint-Georges puis enseigne la psychologie à l’Université Paris VII.

En 1985, il publie Tintin chez le psychanalyste découvrant à travers les seuls albums qu’il apprécie particulièrement un secret dans la famille de Hergé ; secret  qui sera confirmé plus tard quand la biographie de l’auteur sera publiée. Quel secret se cache derrière le visage lisse, éternellement adolescent de Tintin ? Que peuvent nous apprendre les imprécations du capitaine Haddock, les extravagances de la Castafiore, les distractions du Professeur Tournesol, sur le secret que Hergé se cachait peut-être à lui-même ? Serge Tisseron a lu les Aventures de Tintin comme une vaste fresque qui parle d’autre chose que ce qu’elle raconte et qu’il faut décrypter. Une enquête presque policière… Analytique, en tous cas.

De la B.D aux secrets de famille

En 1996, il publie d’ailleurs Secrets de famille, mode d’emploi. Il est alors l’un des premiers auteurs à analyser les effets pathogènes des secrets de famille.

Considérant que tout enfant grandit au milieu des secrets, simplement parce qu’il est confronté à des mots, à des mimiques et à des attitudes d’adultes dont il ne comprend pas le sens. Parfois on répond à ses questions. Parfois on lui répond qu’il comprendra quand il sera plus grand. D’autres fois ses questions suscitent chez ses parents des réactions de colère, de tristesse ou de gêne incompréhensibles. Ces réactions qui sont les « suintements »  d’un secret de famille, incitent l’enfant à penser qu’on lui cache quelque chose de grave, et l’invitent à deviner tout en lui interdisant tacitement d’y parvenir. De cette injonction contradictoire naissent des troubles dans sa construction psychique : le traumatisme vécu et tu par la première génération « ricoche » sur la deuxième voire, sur la troisième. Pour en guérir, il faut commencer par accepter que ces secrets s’opposent moins à l’idée d’une Vérité qu’il faudrait découvrir qu’à la communication entre les membres de la famille. Et la première chose à dire à un enfant pour commencer à l’en libérer est : « Tu n’y es pour rien ! »

Écrans et jeux vidéo.

Autre domaine d’intérêt pour Serge Tisseron : l’image. Il a successivement interrogé les relations spécifiques que nous établissons avec la bande dessinée (Psychanalyse de la bande dessinée. 1987.), la photographie (Le mystère de la chambre claire. 1995), la télévision (L’intimité surexposée. 2001), le cinéma (Comment Hitchcock m’a guéri. 2003), les écrans d’ordinateurs (Qui a peur des jeux vidéos ; et Virtuel, mon amour. 2008).

Serge Tisseron a d’ailleurs lancé de 1997 à 2000 une étude sur les conséquences des images violentes sur les enfants de 11 à 13 ans, soutenue par le Ministère de la Culture, de la Famille et de l ‘Education Nationale.  Mais il ne s’agit pas seulement d’images violentes. Il peut  s’agir simplement d’un excès de télévision. De nombreux enseignants s’alarment des troubles du comportement et de l’attention chez des enfants qui regardent des programmes télévisés le matin avant de se rendre à l’école, ainsi que des violences nouvelles qui apparaissent dans les cours de récréation dues sans nul doute à une surexposition précoce et massive aux écrans dont l’origine se trouve… chez les parents qui consacreraient aujourd’hui plus de temps à leur portable qu’à leur enfant… Un sondage réalisé en France en 2017 indique que 50% des parents reconnaissent se laisser distraire par leur portable durant leurs échanges avec leurs enfants. Selon un autre sondage 36% des parents consultent leur téléphone pendant les repas avec leurs enfants et même 28% pendant qu’ils jouent avec eux… Chiffres auto-déclaratifs !

L’enfant s’intéresse naturellement aux écrans.  Il tourne son regard vers ce qui est le plus coloré, le plus brillant et le plus mobile dans un visage humain, à savoir les yeux. Mais s’il ne trouve pas ce regard recherché, s’il ne trouve pas des échanges à la mesure de ses attentes, le risque est grand qu’il se scotche aux écrans comme un refuge contre une forme d’abandon parental en grande partie inconscient.

Deux autres facteurs bien connus des neuropsychiatres jouent également un rôle important dans cette captation par l’écran.
Le premier est l’imitation motrice. Certains bébés grandissent une main collée à leur oreille parce qu’ils observent sans cesse leurs parents dans cette attitude ! Comment les enfants qui sont dès la naissance de formidables imitateurs, pourraient-ils ne pas s’engager très vite à imiter l’intérêt de leurs parents pour les écrans ?
Le second facteur est l’attention qui pousse l’enfant dès 9 mois à  tourner son regard et son désir vers ce qui semble accaparer tout l’intérêt de son parent : il regarde naturellement ce que regarde l’adulte. Comment pourrait-il ne pas se tourner vers un écran quand son parent tourne sans cesse son propre regard vers celui de son smartphone ou de la télévision ?
En Allemagne, une campagne de prévention des abus d’écrans chez les enfants ne cible pas ceux-ci mais leurs parents. Elle pose simplement la question : « Avez-vous parlé avec votre enfant aujourd’hui ? »

Serge Tisseron continue sur son blog et dans ses écrits à lancer des alertes concernant l’utilisation des jeux vidéo que l’OMS vient effectivement de classer dans la catégorie des addictions. Mais celle-ci ne répond pas à la même définition que celles à l’alcool ou au tabac. Il s’agit de ce qu’on appelle une « addiction comportementale ». La guérison de l’addiction aux jeux vidéos n’implique pas, elle, un sevrage total, mais la capacité de renouer avec un usage modéré considéré comme normal. En France, toutes les personnes en souffrance peuvent bénéficier d’un remboursement de leur prise en charge psychothérapique, voire, de soins gratuits dans les dispensaires. Un tel symptôme trouve en général son origine dans un problème que la personne ne parvient pas à surmonter. Il s’agirait d’une sorte d’automédication pour échapper à des situations réelles difficiles. La cause de l’addiction se trouve dans le jeu vidéo mais son origine est dans la difficulté jugée insurmontable qui a conduit le joueur à fuir dans les mondes numériques ; c’est ce dernier point qui doit être pris en compte dans une psychothérapie.

De la photographie à la cyberpsychologie

Son intérêt pour la photographie (il est lui-même photographe) l’a conduit à retrouver les photographies du psychiatre et photographe Gaetan Gatian de Clérambault qui a laissé, parallèlement à son œuvre psychiatrique (elle a fort influencé Jacques Lacan qui avait trouvé en lui son seul maître en psychiatrie), une œuvre photographique importante dédiée essentiellement aux passions pour les étoffes éprouvées par certaines femmes prêtes à les voler. Passions amoureuses, passions érotiques, sans équivalent. L’étoffe elle-même peut être un corps et « son contact est bien supérieur à sa vue », voilà ce que chacune de ces femmes dit à Clérambault et voilà ce que disent à son tour ses photographies.
Grâce à Serge Tisseron qui sera nommé conseiller scientifique de l’exposition, les photos demeurées secrètes seront restaurées et dévoilées au public pour la première fois au  centre Pompidou en 1990.

Loin de ces expériences sensuelles se profile aujourd’hui le partage de la vie avec les machines voire, les robots. Ils sont de plus en plus présents autour de nous et leur nombre augmente très vite. L’Intelligence Artificielle qui les gouverne est présentée partout comme la réponse possible à des enjeux sociétaux majeurs. Or, nous avons pris un retard considérable dans la compréhension que l’homme entretient avec ses objets technologiques. C’est dans ce but que Serge Tisseron, toujours à l’écoute des « progrès » technologiques et de leurs effets sur notre psychisme,  a rédigé son dernier livre : il se veut un « guide psychologique » des relations entre l’homme et ses machines. C’est notre capacité à nous poser les bonnes questions aujourd’hui qui nous permettra d’aborder les bonnes réponses demain.

 

Et aussi…

Serge Tisseron est l’un des personnages du roman Après Tintin, de Frédéric Grolleau. Il est membre des Gens d’Images.

 

Prix et récompenses

 

Bibliographie

Serge Tisseron est scénariste et dessinateur. Il a publié cinq albums de bandes dessinées à ce jour. Il est aussi l’auteur de trois ouvrages illustrés destinés aux jeunes enfants, dont deux dessinés par lui-même consacrés à la télévision et aux secrets de famille (éditions Bayard jeunesse)

Bandes dessinées

  • Histoire de la psychiatrie en bandes dessinées, 1978, Éditions Savelli.
  • Les Oreilles sales, 1994, Les Empêcheurs de penser en rond.
  • Bulles de divan, 2001, Calmann-Lévy/Ramsay.
  • Journal d’un psychanalyste 2003, Calmann-Lévy/Ramsay, (rééd. Marabout 2004).
  • Tintouin chez le psychanalyste, 2004, Calmann-Lévy.
  • Dessous de divan, 2004, Calmann-Lévy.

Ouvrages illustrés pour enfants

  • La Télé en famille, oui !, 2004, Bayard
  • Le Petit Livre pour bien vivre les secrets en famille, 2006, Bayard jeunesse.
  • Le Mystère des graines à bébé, 2008, Albin Michel jeunesse (dessins de Aurélie Guilleret).

Ouvrages personnels et participation à des ouvrages collectifs

Il a publié une quarantaine d’ouvrages personnels et participé à des ouvrages collectifs. Ses livres sont traduits dans quatorze langues.
Deux d’entre eux ont reçu des distinctions: L’Intimité surexposée, 2001, Prix du livre de télévision en 2002 et Les Bienfaits des Images, 2002, Prix Stassart de l’Académie des sciences morales et politiques en 2003.

  • Tintin chez le psychanalyste, Paris, Aubier, 1985.
  • Hergé, 1987, Seghers.
  • Psychanalyse de la bande dessinée, 1987, PUF, (réédition Champs-Flammarion 2000).
  • La Bande dessinée au pied du mot, 1990, Aubier.
  • Tintin et les Secrets de famille, 1990, Séguier, (rééd. Aubier 1992).
  • La Honte, psychanalyse d’un lien social, 1992, Dunod (réédition 2007).
  • Tintin et le Secret d’Hergé, 1993, Presses de la Cité.
  • Psychanalyse de l’image, des premiers traits au virtuel, 1996, Dunod, (rééd. 1997 et 2005).
  • Secrets de famille, mode d’emploi, 1996, Ramsay, (rééd Marabout)
  • Nos secrets de famille. Histoire et Mode d’emploi, Ramsay, 1999 et 2004.
  • Le Bonheur dans l’image, 1996, Les Empêcheurs de penser en rond.
  • Le Mystère de la chambre claire, Paris, Les Belles Lettres, 1996, (rééd., Paris, Champs-Flammarion 1999).
  • Y a-t-il un pilote dans l’image ?, Paris, Aubier, 1998.
  • Du bon usage de la honte, Paris, Ramsay, 1998.
  • Comment l’esprit vient aux objets, Paris, Aubier, 1999.
  • Enfants sous influence. Les écrans rendent-ils les jeunes violents ?, Paris, Armand Colin, 2000, (rééd. Paris, 10/18, 2003).
  • Petites Mythologies d’aujourd’hui, Paris, Aubier, 2000.
  • L’Intimité surexposée, Paris, Ramsay, 2001, (rééd. Paris, Hachette, 2003).
  • Les Bienfaits des images, 2002.
  • Comment Hitchcock m’a guéri, Paris, Albin Michel, 2003, (rééd., Paris, Hachette, 2005).
  • Manuel à l’usage des parents dont les enfants regardent trop la télévision, Paris, Bayard, 2004.
  • Vérités et Mensonges de nos émotions, Paris, Albin Michel, 2005, (rééd., le livre de poche, 2011)
  • La Résilience, Paris, PUF, 2007, coll. « Que sais-je ? ».
  • Virtuel mon amour, Paris, Albin Michel, 2008.
  • Qui a peur des jeux vidéo ?, Paris, Albin Michel, 2008.
  • Les Dangers de la télé pour les bébés, Toulouse, Érès, 2009.
  • Faut-il interdire les écrans aux enfants ? avec Bernard Stiegler, Mordicus, 2009.
  • Préface de Freud, Fliess, Ferenczi. Des fantômes qui hantent la psychanalyse par Barbro Sylwan et Philippe Réfabert, Paris, Éditions Hermann, 2010, coll. « Nicolas Abraham et Maria Torok ».
  • L’Empathie au cœur du jeu social, Paris, Albin Michel, 2010.
  • Les Secrets de famille, Paris, PUF, 2011, coll. « Que sais-je ? ».
  • Rêver, fantasmer, virtualiser, du virtuel psychique au virtuel numérique, Paris, Dunod, 2012.
  • Préface de L’Adolescente et le Cinéma. De lolita à Twilight, sous la direction de Sébastien Dupont et Hugues Paris, Toulouse, Érès, 2013.
  • Fragments d’une psychanalyse empathique, Paris, Albin Michel, 2013.
  • Un psy au cinéma, Coll. Cerveau & Psycho, Pour la Science, 2013.
  • Préface de Photos d’ados à l’ère du numérique de Jocelyn Lachance, PUL/Hermann, 2014.
  • Le Jour où mon robot m’aimera. Vers l’empathie artificielle, Paris, Albin Michel, 2015.
  • Préface de Libérez votre cerveau ! : Traité de neurosagesse pour changer l’école et la société de Idriss Aberkane, Paris, Robert Laffont, coll. « Réponses », octobre 2016, 288 p. (ISBN 9782221187586)
  • Empathie et manipulations : Les pièges de la compassion, Paris, Albin Michel, 2017.
  • Petit traité de cyber-psychologie, Collection Les Clefs, Le Pommier, 2018.

 

En vidéo…

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