09 Juin 2020

Par: Cabinet Psy Macon

Portraits

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Analyste d’enfants reconnue Mélanie Klein aurait beaucoup appris grâce aux erreurs qu’elle aurait faites avec les siens, travaillant sur le long chemin de la fusion première avec la mère jusqu’à une séparation nécessaire vécue et acceptée par les deux.

Mélanie Klein naît en 1882. Sa mère vient d’une famille de rabbins slovaques érudits, tolérants, riches et cultivés. Son père, de vingt-quatre ans plus âgé, est juif polonais, médecin, et peu riche ; il mourra d’alzheimer quand Mélanie aura dix-huit ans. Depuis toujours, Mélanie s’est laissée dominer par la figure imposante de sa propre mère, Libussa Deutsh.

Alors qu’elle n’a que quatre ans, sa sœur meurt d’une tuberculose et Mélanie écrit : « Je me rappelle avoir eu le sentiment que ma mère avait d’autant plus besoin de moi maintenant que Sidonie n’était plus là, et il est probable qu’une partie de mon problème provint de ce que je dus remplacer ma sœur. »

Son frère Emmanuel est aussi de santé fragile et entretien avec Mélanie une relation plutôt incestuelle. Il meurt alors qu’elle a vingt ans. Elle se marie un an plus tard avec l’ami de celui-ci, Arthur Steven Klein, qu’elle connaît depuis trois ans. Mère dépressive, épouse insatisfaite, elle sait mal s’occuper de ses trois enfants qu’elle prendra plus tard en analyse comme cela se faisait beaucoup à l’époque.

Un parcours psychanalytique

En 1912 elle commence une psychanalyse avec Ferenzi, très à l’écoute des états archaïques et régressifs. Il lui fait prendre conscience de ses aptitudes à la compréhension des enfants et lui fait découvrir la thérapie par le jeu. Mais il meurt en 1919.
Elle lui empruntera les notions de « stade d’introjection » qui serait celui de « l’omnipotence infantile » et de « stade de la projection » qui serait celui de la réalité.

Elle avait rencontré Sigmund Freud en 1918, alors qu’elle assistait au 5ème congrès de l’association psychanalytique internationale.
Mais elle choisit de poursuivre son analyse avec Karl Abraham. Ils s’intéressent tous deux aux stades pré-génitaux et à la théorie sur la pulsion de mort. Il semblerait que sa relation difficile avec sa petite fille Melitta, née alors qu’elle vient de perdre son frère et qu’elle est une jeune mère dépressive lui ait beaucoup appris.
En 1920 Mélanie Klein s’installe à Berlin auprès de Karl Abraham, délaissant sa fille adolescente. Elle y rencontre Michael Balint et Sandor Rado qui fuient l’antisémitisme en Hongrie.
En 1922 elle devient membre de la société psychanalytique de Berlin.
En 1925, à la mort de Karl Abraham, elle est accueillie à Londres par Ernest Jones pour donner une série de conférences. Elle s’y impose comme analyste d’enfants, avec sa technique par le jeu et ses théories sur le tout premier oedipe (proto-oedipe). Son influence est très forte sur le groupe anglais.

A partir de 1933, des conflits théoriques avec sa fille Melitta, qui est en analyse avec Edward Glover, se manifestent dans le cadre de la société britannique de psychanalyse. Melitta Smideberg finira par s’exiler aux Etats-Unis jusqu’à la mort de sa mère.`
En 1934 son fils cadet Hans meurt dans un accident de montagne. Mélanie Klein commence sa collaboration avec Paula Heimann qui devient sa secrétaire. A sa demande, Donald Winnicott prend son fils Eric en analyse. Elle publie avec Joan Riviere « L’amour, la culpabilité et le besoin de réparation. »

En juin 1938 Sigmund Freud vient se réfugier à Londres avec sa famille et, notamment avec sa fille Anna. La société psychanalytique londonienne qui fête ses 25 ans en 1939 accueille de nombreux psychanalystes qui fuient l’Autriche « annexée ». Mélanie s’installe à Cambridge puis à Pitlochry (Ecosse) où elle prépare l’édition de son texte « Le deuil et ses rapports avec les états maniaco-dépressifs. » Un groupe de travail kleinien se constitue.

A Londres les tensions internes à la société britannique de psychanalyse sont vives entre le groupe acquis aux remaniements métapsychologiques que propose Mélanie Klein et un groupe plus orthodoxe sur le plan théorique qui comporte les Viennois fédérés par Anna Freud et les opposants internes à la société. Fortes dissensions qui conduisent à l’organisation de controverses scientifiques.

Elle s’éteint à Londres en 1960 à l’âge de 78 ans.

Un peu de théorie

La force et la profondeur du premier attachement à la mère, et l’intensité avec laquelle cet attachement persiste dans l’inconscient de l’adulte expliquent que plus tard, certaines personnes devront avoir recours à un travail analytique pour acquérir une autonomie.
Selon Mélanie Klein, la rivalité entre le père et la mère surgit précocement dans ce qu’elle nomme le « proto-oedipe ». Si la première relation exclusive à la mère est perturbée trop tôt, la rivalité apparaît de façon prématurée. Des fantasmes de pénis à l’intérieur de la mère transforment le père en un intrus hostile, ce qui aura une conséquence sur les relations ultérieures de l’enfant. Le bébé établit d’emblée une relation d’objet fantasmatique avec sa mère, une relation d’omnipotence ; l’angoisse naitrait de son désir frustré. Amour et haine se côtoyant dans son esprit, surgirait alors une angoisse relevant de la crainte du mal que l’enfant pourrait causer tant à l’objet intérieur qu’extérieur.
D’après Mélanie Klein, le culte de la mère pourrait s’inverser en « matricide » fantasmatique. La perte de la mère deviendrait pour l’imaginaire une mort de la mère. A partir de là pourrait s’organiser la capacité symbolique du sujet.
« Il faut se déprendre de la mère pour penser ». Se séparer de la mère deviendrait la condition nécessaire pour pouvoir accéder au symbole.

 

Publications

  • (2010) « Mélanie Klein (1882-1960) Bibliographie sélective », BnF, [1] [archive]
  • Ordre chronologique, selon les éditions
  • Deuil et dépression, Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2004 (ISBN 2228898139)
  • L’Amour et la haine: Le besoin de réparation, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2001 (ISBN 2228894303)
  • Psychanalyse d’enfants, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2005 (ISBN 2228899992)
  • Développements de la psychanalyse avec Joan Riviere, Paula Heimann et Susan Isaacs, Paris, Puf, 2009, Coll. Quadrige Grands textes, (ISBN 2130573894)
  • La psychanalyse des enfants, Paris, Puf, 2009, Coll. « Quadrige Grands textes », (ISBN 2130575978)
  • Essais de psychanalyse 1921-1945, Paris, Payot, 1989, (ISBN 2228881449)
  • Le sevrage (1936), inédit traduit par Olivier Bonnard, Tribune psychanalytique, no  2 , 2000, éd. de L’Aire, (ISBN 2-88108-506-7)
  • Envie et gratitude et autres essais, Paris, Gallimard, 1978, (ISBN 2070297802)
  • Le transfert et autres écrits, Paris, Puf, 1995, (ISBN 2130472206)
  • Le complexe d’Œdipe, Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2006, (ISBN 2228900680)

Bibliographie

  • Dominique J. Arnoux, Melanie Klein, coll. « Psychanalystes d’aujourd’hui », no 7, Paris, Puf, 2004, (ISBN 2130483399)
  • James Gammill, À partir de Melanie Klein, Lyon, Césura, (ISBN 2905709812)
  • Phyllis Grosskurth, Melanie Klein : Son monde et son œuvre, Paris, Puf, coll. « Quadrige », 2001, 676 p. (ISBN 2130523641)
  • Robert D. Hinshelwood :
    « Klein-Reizes, Melanie », p. 890-892, in Alain de Mijolla (dir.), Dictionnaire international de la psychanalyse 1. A/L. Paris, Calmann-Lévy, 2002, (ISBN 2-7021-2530-1)
    Dictionnaire de la pensée kleinienne, Paris, PUF, 2000 (ISBN 2130504019).
    Le génie clinique de Melanie Klein, (1994) Paris, Désir/Payot, 2001 (ISBN 222889477X)
  • Julia Kristeva, Le Génie féminin : 2. Melanie Klein, Paris, rééd. Gallimard, coll. « Folio essais », 2000.
  • Monique Lauret et Jean-Philippe Raynaud, Melanie Klein, une pensée vivante, Paris, Puf, 2008, (ISBN 2130570399)
  • Donald Meltzer, Le développement kleinien de la psychanalyse : Freud, Klein, Bion, Paris, Bayard, 1994 (ISBN 9782227233010)
  • Hanna Segal :
    Introduction à l’œuvre de Melanie Klein, Paris, Puf, 2011, (ISBN 213058571X)
    Melanie Klein. Développement d’une pensée, Paris, Puf, coll. « Bibliothèque de psychanalyse », 1985, (ISBN 2130391486)

Documents

  • Souvenirs de Melanie Klein : entretien avec Hanna Segal, [2] [archive], D. Pick & J. Milton (trad. G. Le Roy), consulté en ligne le 18 avril 2015.
  • Entretien avec Betty Joseph, [3] [archive], consulté en ligne le 23 mars 2015.
  • James Gammill, Some Personal Reflections of Melanie Klein, [4] [archive], consulté en ligne le 23 mars 2015.

Vidéo

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