18 Juin 2018

Par: Cabinet Psy Macon

Portraits

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Personnage contesté, le psychanalyste Jacques Lacan né en 1901 –année où S. Freud publiait la Science des rêves- a profondément marqué le paysage intellectuel français, mais aussi international, tant par les disciples qu’il a suscités que par les rejets qu’il a provoqués.

C’est contre l’avis de son père qu’il commence des études de médecine. Lors de ses premières années étudiantes, il fréquente des cercles aussi opposés que les surréalistes et l’action française, tous se caractérisant par une position anticonformiste prononcée et une attention particulière à la question du langage. Il choisit de se spécialiser en psychiatrie et soutient sa thèse de doctorat en 1932.

Quelques mois auparavant, il a entamé une psychanalyse auprès d’un psychanalyste américain, d’origine russo-polonaise, Rudolph Loewenstein. Arrivé en France en 1925, celui-ci avait rencontré les pionniers du freudisme et participé à la fondation de la Société Psychanalytique de Paris. Il fit nommer Lacan membre adhérent de la SPP.
Puis vinrent la guerre et l’occupation. Lacan suspendit toute activité d’enseignement et continua uniquement son activité de psychanalyste privé.
Dans l’après guerre, la figure de Lacan prit soudainement une importance qu’elle n’avait pas auparavant : il faisait partie des quelques titulaires d’avant guerre n’ayant pas eu à choisir -ses collègues juifs par exemple- l’exil face au nazisme.

Au début des années 50 le sujet des « séances courtes » commence à être traité par Lacan. Il s’agit en fait de séances de longueur variable, imprévisible, leur fin étant suscitée par un élément surgissant de la parole du patient ; c’est un peu brutal et frustrant mais efficace en ce qui concerne l’émergence des pensées inconscientes soutient Lacan. En 1951 il reçoit un premier avertissement de la SPP qui s’oppose à cette façon de faire. Une crise institutionnelle secoue alors la SPP. Lacan est démis de son titre de président. Le psychanalyste Daniel Lagache quitte la SPP et décide de fonder un institut d’aspiration universitaire, la Société Française de Psychanalyse (SFP). Il est, entre autres, suivi par Dolto et Lacan.

Le structuralisme

L’enseignement de Lacan prend un visage nouveau. Il quitte l’hégélianisme (la philosophie de Hegel) pour le structuralisme (ce courant de pensée a connu sa forme la plus complète dans l’anthropologie sociale pratiquée par l’ethnologue Lévi-Strauss.). Il introduit en 1953 des concepts qui deviendront fondamentaux dans son œuvre comme le triptyque « Réel-Symbolique-Imaginaire ». Il commence à travailler à une théorie du signe en s’appuyant sur les linguistes Saussure et Jakobson. De là naîtra le concept de « signifiant ».

Lacan : freudien avant tout !

En 1960, un colloque à l’abbaye de Bonneval, sur le thème de l’inconscient, réunit un grand nombre de psychanalystes et de philosophes comme Gilles Deleuze. Presque tous les débats se ramènent à la théorie lacanienne de l’inconscient résumée par le mot d’ordre lacanien : « L’inconscient est structuré comme un langage. » Toute sa vie, Lacan n’aura cessé de relire et réinterpréter Freud, soutenant qu’il est lui-même freudien et non lacanien. Ce qui est vrai de tous les psychanalystes dits « lacaniens » : ils sont d’abord freudiens.
Dès cette époque, en France, la psychanalyse se résume à ce positionnement : être avec ou contre Lacan.

Douze années s’écouleront entre la fondation de la SFP et sa dissolution. Pendant ce temps, il s’agira, entre autres, de négociations pour que les psychanalystes ayant fait scission en 1953 soient reconnus par l’International Psychanalytic Association. (IPA). Celle-ci accepte à condition que Lacan et Dolto n’aient plus le droit de continuer à enseigner. Cela provoque l’éclatement de la SFP. Les fidèles lacaniens refondront une nouvelle école : L’école Freudienne de Paris. Lacan a 63 ans. Son succès est fulgurant. Déjà, la publication des « Écrits » en 1966 lui avait apporté une grande célébrité. Il fait dorénavant partie des ténors du structuralisme et son nom est cité à côté de ceux de Claude Lévi-Strauss, Roland Barthes et Michel Foucault. De nombreux psychanalystes s’inscrivent à l’EFP, imitent son style, son élégance singulière, sa façon de parler.

Un héritage

Peu après la fondation de son école, Lacan opère un nouveau tournant dans son enseignement. Échappée vers les sciences exactes. Pour relire tous les chapitres freudiens autant théoriques que cliniques, il se tourne vers Frege, Gödel et la topologie. Les nœuds, les formes surprenantes, les mathèmes vont alors envahir ses séminaires hebdomadaires suivis par des centaines de personnes et les rendre encore plus difficiles d’accès. Sa pratique en tant que psychanalyste pourrait par certains être jugée comme relevant de plus en plus de l’expérimentation. Vantée par les uns, détruite par les autres… Qu’on soit pour ou contre Lacan : on devine que désormais « il y aura » Lacan.

Au cours et au décours des événements de mai 68, il essaie de s’implanter à l’Université de Vincennes. Il n’y occupera aucun poste mais le département deviendra une sorte de « bastion » lacanien tentant de faire la preuve qu’un « enseignement » de la psychanalyse est possible. Ses élèves favoris y tiennent des séminaires extrêmement fréquentés.
Fatigué, vieillissant, malade, Lacan déléguera de plus en plus de pouvoir à son gendre Jacques Alain-Miller qui, entre autres, sera chargé jusqu’à aujourd’hui, encore, de la mise en forme et de la publication des nombreux Séminaires de Lacan que ce dernier a toujours parlés sans les écrire.

Lacan est mort en 1981 laissant derrière lui une œuvre psychanalytique colossale concernant les trois registres névrose, psychose, perversion que nombre de psychanalystes actuels s’attachent à étudier et à faire évoluer dans de multiples « écoles » de psychanalyse qu’on dit post lacaniennes bien qu’elles ne tiennent pas toujours à se réclamer de Lacan.

 

Bibliographie

  • Les écrits, éd. Du Seuil. 1966.
  • Les Séminaires, éd. Du Seuil. Lacan a chargé le psychanalyste Jacques-Alain Miller, son gendre, de transcrire son enseignement oral. Cette retranscription n’est pas encore terminée.
  • Jacques Lacan, d’Elisabeth Roudinesco, éd. Du Seuil. 1993

 

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