Donald Woods Winnicott 05 Mar 2018

Par: Cabinet Psy Macon

Portraits

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Né en 1896, à Plymouth, Donald Woods Winnicott fut le premier psychanalyste d’enfants britannique. Il a soutenu que leur bonheur ne dépendait pas des politiques d’un pays mais de la façon dont leurs parents, leur mère, surtout, les élève.

D’abord pédiatre, ce médecin ne se fit remarquer comme psychanalyste qu’au lendemain de la seconde guerre mondiale avec un exposé prononcé le 28 novembre 1945 à la Société Britannique de Psychanalyse.

Il s’est formé à travers de longues analyses thérapeutiques et didactiques : première « tranche » d’analyse commencée en 1923 et ayant duré dix ans avec James Strachey –le traducteur de Freud- ; analyse didactique avec Susan Isaacs de 1927 à 1934 ; seconde « tranche » avec Joan Rivière –de 1936 à 1941- et supervision avec Mélanie Klein – de 1935 à 1940-.

Si ces analyses ont amené à la levée d’un symptôme coronarien menaçant sa vie, le récit de ses années de formation montre aussi leur butée : Winnicott ne s’est jamais départi d’une certaine idéalisation de la mère en place de toute puissance, ni de son inhibition face au savoir constitué du freudisme, préférant au travail d’une critique fondatrice qui aurait pu lui venir de Mélanie Klein, par exemple, ses recherches personnelles.

Une mère suffisamment bonne

Avant cet exposé présentant « le développement affectif primaire », en 1945, Winnicott avait déjà donné des milliers de consultations, affinant sans cesse son analyse des premiers liens mère-enfant.

Son étude remonte au moment de la naissance et même avant celle-ci : le développement affectif primaire commence avant que l’enfant ne se connaisse lui-même et Winnicott croit pouvoir trouver les clés de la psychopathologie des psychoses dans ces moments précoces. Selon lui, l’enfant est d’abord dans un « état primaire de non intégration » ; état à la fois normal et psychotique. C’est la mère disponible, capable de dispenser les soins adaptés à son enfant –qu’il nommera plus tard « la mère suffisamment bonne »- qui est un facteur d’intégration.

La mère « winnicottienne » a une fonction de modération, de tempérament et de limitation. Elle doit protéger l’enfant des complications incompréhensibles et lui fournir « une parcelle simplifiée du monde » grâce à laquelle il ne sera pas confronté à un monde illimité et pourra prendre confiance en lui. D’après Winnicott, si la mère n’est pas assez bonne pour cette technique, l’enfant risque la désintégration, la dépersonnalisation et la déréalisation psychotiques. Ce qui inviterait à se demander pourquoi tous les enfants dont les mères étaient malades dans leur petite enfance ne sont pas devenus fous…

Le faux self

Quoiqu’il en soit, c’est aux parents de s’adapter au bébé. Winnicott insiste d’abord sur sa fragilité psychologique : « Il ne se comprend pas, il ne sait pas où il est, il se bat pour rester vivant, il n’a aucun moyen de se nourrir, il ne peut pas communiquer avec lui-même ou les autres. » Les parents doivent tout faire pour interpréter ses besoins et ne pas imposer des exigences pour lesquelles celui-ci n’est pas prêt. Winnicott se méfie des « bons enfants » qui suivent trop bien les règles dictées par des parents inaptes à tolérer trop de mauvais comportements, des parents qui exigent le respect trop tôt et trop strictement. Ceci provoquerait une « sur-adaptation » de l’enfant et l ‘apparition d’un « faux self » -faux moi – car il n’a aucun droit d’exprimer une pulsion spontanée : il devient un personnage conforme et bon pour l’extérieur mais qui aurait été privé de ses instincts vitaux. Au lieu de se sentir compris, il se conforme au désir de l’autre en oubliant le sien propre. Toute son expérience existentielle serait alors teintée du sentiment de ne pas être lui-même, d’être un « faux-self ». Winnicott ne conceptualise la notion de self que dans les années 1960 mais le terme apparaissait déjà dans plusieurs de ses articles.

Pour Winnicott, les adultes qui ne peuvent pas être créatifs sont en quelque sorte un peu morts. Ce sont presque toujours des enfants dont les parents n’ont pas été en mesure de tolérer le défi, qui les ont obligés à « être bons » beaucoup trop tôt, tuant ainsi leur capacité à être vraiment bons, généreux et aimables. Un parent déprimé, par exemple, pourrait involontairement pousser l’enfant à être trop gai, en ne lui laissant pas le temps de traiter ses propres sentiments mélancoliques ; l’enfant cherchant avant tout à « guérir ses parents ».

Jeu, créativité et objet transitionnel

Winnicott a livré environ 600 entretiens à la BBC, donné des conférences à travers tout le pays, écrit des centaines d’articles et édité quinze livres parmi lesquels des best-sellers. Avec sa série radio célèbre intitulée « la mère ordinairement dévouée et son bébé », il voulait aider les gens à être, selon sa formulation, « assez bien » : pas brillants ou parfaits mais, juste « bien ».

Parmi les concepts qu’il a développés, on trouve aussi celui du « doudou » dans son texte « Transitional Objects » présenté en 1951. Il y expose comment la mère rencontre les besoins de son enfant en mettant à sa disposition un objet, morceau de tissu ou peluche, ou un comportement (Un rituel tel une berceuse.) Il développe sa conception du « trouvé-créé » qui amène l’enfant à penser qu’il a créé l’objet disposé pour lui par sa mère, alors qu’il l’a trouvé. L’enfant doit selon lui rester dans l’illusion qu’il a créé l’objet, et ce sentiment de toute puissance doit être provisoirement préservé. C’est là que se développerait l’aire de jeu et de créativité où l’enfant se voit offrir la possibilité de faire des expériences fondamentales pour sa maturation psychique. Théorisation qui se trouvait déjà chez Freud en 1908 à propos du jeu et de la créativité : « Chaque enfant qui joue se conduit comme un écrivain, dans la mesure où il créée un monde à son idée, ou plutôt arrange ce monde d’une façon qui lui plaît… Il joue sérieusement. Ce qui s’oppose au jeu n’est pas le sérieux mais la réalité. »

Les phénomènes transitionnels sont donc au fondement des activités de penser et de fantasmer. Ils correspondent aux expériences du bébé lorsque, dans son développement, il commence à intégrer des objets « autre-que-soi » à ses activités « main-bouche ». Dans les situations où le bébé va se retrouver seul, quand il va se coucher par exemple, il a besoin d’avoir avec lui son « doudou » qu’il emmène partout. Winnicott nomme cet objet « transitionnel » parce qu’il porte en lui toute transition : entre le jour et la nuit ; entre la présence maternelle et son absence ; entre ce que le bébé saisit de sa mère au dehors de lui et ce qui demeure d’elle au-dedans de lui. Cet objet est « double » : il « est à la fois la mère et le bébé » ; dans son odeur se mêlent l’identité de l’un et de l’autre. D’où la nécessité de ne pas le laver ; il perdrait sa nature. Quand l’enfant n’est pas à la maison, grâce au doudou, il « sent » que sa maman est avec lui et que lui aussi est toujours avec elle.

L’œuvre de Winnicott

Tout au long de sa carrière, Winnicott n’a cessé de diffuser ses idées. Il a toujours été soucieux d’élargir le plus possible le champ d’intervention de la psychothérapie. Son œuvre est principalement composée d’articles, de compte-rendus de communications à des sociétés de psychanalystes, de transcriptions des chroniques qu’il donna à la BBC de 1939 à 1962, de conférences faites devant des publics variés (éducateurs, infirmiers, etc.) Aucun des livres publiés n’a été composé comme tel; il s’agit de recueils de textes dont certains ont été réécrits comme «Jeu et réalité».

Il a fait à plusieurs reprises allusion à des « cas » soignés par l’intermédiaire des parents parce qu’il n’était pas possible de suivre une thérapie à cause d’un éloignement géographique ou due son prix.

Il a rappelé

«qu’il n’y aura jamais assez de psychothérapeutes pour traiter tous ceux qui ont besoin d’être soignés.»

Diffuser ses idées participait d’une volonté de réduire le nombre de personnes ayant besoin d’une phytothérapie.
Il est mort le 28 janvier 1971 à Londres. Prière notée dans son carnet :

«Oh ! Dieu ! Faites que je sois vivant quand je mourrai!»

 

Bibliographie succincte

  • La relation parent-nourrisson, Payot, coll. « Petite bibliothèque Payot ». 2011.
  • La famille suffisamment bonne, Payot, 2010
  • Les Objets transitionnels, Payot, coll. « Petite bibliothèque Payot », 2010.
  • La mère suffisamment bonne, Payot, coll. »Petite bibliothèque Payot. 2006.
  • Jeu et réalité, l’espace potentiel, Gallimard 1975, réédité en Folio. 2004.
  • Conseils aux parents, Payot. 1995.
  • Le bébé et sa mère, Payot. 1992.
  • De la pédiatrie à la psychanalyse, Payot. 1989.
  • La consultation thérapeutique et l’enfant, Gallimard-poche. 1979.
  • Comprendre Winnicott, Armand Colin. 2009.

Un commentaire

  • wilder françoise

    Honneur à cet homme remarquable qui parlait comme personne aux éducateurs, travailleurs sociaux, i.e. à ceux qui sont devant un incompréhensible en crise. Les psychanalystes ont à en prendre de la graine. Etonnant, un psychanalyste qui peut parler des pulsions hors l’antagonisme pulsion de vie/pulsion de mort.
    Merci à la collègue de Mâcon qui écrit son nom!

    5 mars 2018 | Reply

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