21 Avr 2021

Par: Martine Le Normand

Lectures

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Comment dire poétiquement l’expérience analytique ? C’est ce à quoi Michelle Tilman et moi-même nous sommes exercées.
Nous sommes praticiennes de la psychanalyse. Nous recevons toutes deux des patients dans notre cabinet.
Nous pratiquons toutes deux le waka, poème japonais plus que millénaire, ancêtre peu connu du haïku, toujours écrit au pays du soleil levant. De nos jours il s’est largement répandu au-delà du Japon sous l’appellation de tanka.

Le tanka est une poésie brève, un arrangement dynamique respectant l’esthétique de la poésie japonaise définie pour la première fois en 905 par le poète Ki no Tsurayuki, dans sa célèbre préface au Kokinshu, première anthologie impériale. Le tanka obéit à des règles précises : une métrique en 5-7-5/7-7 syllabes : cinq vers qui obligent à un rythme impair. Le 3ème vers est dit « pivot ». Il opère une césure entre deux parties du poème : entre les 3 premiers vers et les 2 derniers vers ; il est l’axe autour duquel tourneraient deux images, deux idées, deux réalités ; il génère le « pas-de-côté » de la dernière strophe faite de deux vers de 7 syllabes, pour une ouverture.

Un tanka peut dire beaucoup en peu de mots : 31 syllabes ; dans un comptage japonais 31 mores, unités phonétiques réglant la longueur temporelle d’un son. Est ainsi imposée une forme contraignante à qui tente avec lui de s’exprimer personnellement et de manière originale pour traduire librement des vécus, exprimer des sentiments intenses, s’adresser à chacun avec musicalité et légèreté.

 

J’aurais pu compter
Dix fois, cent fois, mille fois
Comme font les cancres
Sans vous je n’aurais pas vu
Que dizaines font cent

Teishin*1

Nos poèmes – chacune utilisant une graphie différente, italique ou romaine- s’enchaînent autour d’un thème. Ils se composent en suites « liées » qui entremêlent tanka et prose. Cette pratique s’est étendue dans la période classique à de nombreux ouvrages japonais : le tanka, contrainte d’écriture, forme invariable, celle du 5-7-5/7-7, qui fait réplique au variable de la prose.

Nos tanka-prose tentent de tresser les enjeux d’une psychanalyse, les affects, les menus détails des séances, la présence au sein du cabinet et la vie tout autour, celle du ciel, de la terre, des arbres, des fleurs, les bruits du Monde…

Dans ce recueil nous avons retenu, parmi tant d’autres, neuf ponctuations qui nous semblent scander la pratique et l’expérience en psychanalyse ; chaque ponctuation se présentera sous le titre de chacun des neufs chapitres énoncés dans la table des matières.

Michelle Tilman et moi-même nous invitons le lecteur à voyager d’un cabinet à un autre, de la première séance à la dernière. A se laisser flotter d’un inconscient à un autre. A passer d’une scène à une autre, d’une souffrance à une douleur. A goûter les moments de trouvaille, à passer par quelques ouvertures et alors d’accéder à certains instants d’intenses émotions. A se laisser pénétrer par le silence.

Si vous avez vu
Que dizaines font cent
Je puis donc cesser
De vous apprendre à compter
En lançant la balle au ciel

Ryokan*3

Notes

  • *1 *3. Tanka extraits « De Nuage et eau », de Daniel Charneux. Ed. Luce Wilquin

 

En vidéo

 

Pour en savoir plus

 

Pour acheter le livre:

Crédit photo d’illustration:  Michelle Tilman

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