La vérité sur le Père Noël 02 Déc 2018

Par: Cabinet Psy Macon

émotions / Relation aux autres

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« Le Père Noël est un mythe, pas un mensonge » écrivait la psychanalyste Françoise Dolto, au même titre que la petite souris ou Halloween. Noël permet de rencontrer ceux qu’on aime. Pour certains foyers il s’agit de transmettre une foi, pour d’autres, des valeurs fortes comme l’amour, le partage ou tout simplement le bonheur d’avoir une famille. Mais certains s’interrogent : comment répondre aux questions concernant l’existence du Père Noël ?

Inventé en 1822 aux États-Unis par le Pasteur luthérien Clément Clarke Moore, le Père Noël s’est vite répandu dans le monde entier. Les religions chrétiennes virent les fêtes de Noël subverties par ce personnage surnaturel alors qu’à la même date elles fêtaient l’anniversaire du Christ. Les autorités catholiques et protestantes se sont donc unies pour exprimer leur inquiétude face à la montée de ce mythe… En vain ! Elles ont assisté à la naissance d’un personnage inventé par les adultes et qui concerne une classe d’âge, les enfants jusqu’à 6/7 ans.

D’après Claude Lévy-Strauss, il s’agit d’un rite initiatique comprenant les non initiés (les petits enfants) et les initiés (les enfants ayant atteint l’âge de raison et les adultes : chaque enfant, d’une certaine façon « déniaisé », s’emploie à convaincre les plus jeunes de l’existence du Père Noël !).  Il  incarne à travers les enfants qui reçoivent des cadeaux la croyance d’une nuit en un monde de générosité sans contre partie, d’une douceur de vivre, où la mort serait écartée (le Père Noël est éternel !). Claude Lévy-Strauss ajoute d’ailleurs qu’il s’agirait aussi d’une opposition profonde que recouvrent tous les rites initiatiques entre le monde des vivants et celui des morts.

Tant de pères Noël !

L’existence du Père Noël s’apparente aussi aux Contes de Fées. Le Petit Chaperon Rouge n’existe pas ! Le Père Noël prend place dans notre imaginaire auprès des bonnes fées, des méchantes sorcières, des ogres et des loups.  L’histoire a pour fonction de développer la créativité, l’imagination, la vie intérieure. L’enfant a besoin d’une vision féérique du monde qui fasse contrepoids au rationalisme dont il doit faire progressivement l’apprentissage. Mais, si l’espace de la fiction est délimité grâce à des formules qui débutent et qui finissent le conte : « Il était une fois… ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants… »  Ce n’est pas le cas avec le personnage du Père Noël : le rêve d’une nuit se répète tous les ans et on peut le rencontrer dans la réalité. On devrait même dire : « On les rencontre ! » Ce à quoi Françoise Dolto –qui a été la première secrétaire du Père Noël en 1962, le Ministre des PTT lui ayant demandé de rédiger une réponse type à adresser aux enfants- répondait à son fils qui disait :

Jean   – « Comment ça se fait que des Pères Noël il y en ait tant ? »

Dolto – « Celui là je le connais ! C’est un employé du magasin ! … Le vrai c’est celui qu’on a dans son cœur. C’est comme un lutin géant qu’on imagine. Quand on est petit on est content de penser que les lutins géants ou les géants, ça peut exister. Tu sais bien que les lutins ça n’existe pas. Les géants des contes non plus. Le Père Noël il n’est pas né ; il n’a pas eu de papa, de maman : il n’est pas vivant. Il est vivant seulement au moment de Noël, dans le cœur de tous ceux qui veulent faire une surprise pour fêter les petits enfants. Et souvent, les grandes personnes regrettent de ne plus être des petits enfants. C’est pour ça qu’elles aiment bien continuer à dire aux enfants : c’est le Père Noël !!! Quand on est petit, on ne sait pas faire la différence entre les choses vraies vivantes et les choses vraies qui se trouvent au fond de notre cœur ! »

Qu’est-ce que tu en penses ?

Si votre enfant vous demande si le Père Noël existe en vrai,  une réponse simple peut être: « Qu’est ce que tu en penses ? »

S’il pose la question c’est qu’il entrevoit déjà une réponse différente de celle qu’on lui a toujours faite. Il est prêt à entendre autre chose que le mythe classique. D’où l’importance de ne pas précéder les interrogations des enfants. Et aussi celle de ne pas chercher à faire durer le mystère à tout prix. Il ne faut surtout pas qu’il ait un jour l’impression qu’on s’est moqué de lui. Il faut l’aider à entrer dans le monde métaphorique et lui expliquer que c’est une histoire qu’on raconte aux enfants depuis très longtemps mais qu’aujourd’hui, comme il est grand, il est libre de croire ou non à ce joli conte.

Le pire serait d’utiliser ce « mensonge » à des fins de chantage éducatif du genre : « Si tu ne ranges pas ta chambre le Père Noël ne t’apportera pas de cadeaux » ! Votre enfant pourrait un jour considérer que vous lui avez menti pour mieux le manipuler et il aurait raison !

Il faut pouvoir conserver la dimension initiatique qui existe dans la révélation de la non existence du Père Noël. Il s’agit d’ailleurs plus d’un secret qu’on partage que d’un mensonge. C’est une façon pour les enfants d’appréhender le caractère déceptif de la réalité, de comprendre que la magie ne fonctionne pas réellement. Tant qu’elle opère, la croyance leur permet en revanche de recevoir des cadeaux sans être en dette par rapport à leurs parents, ce qui est important.

Sortir de la crédulité et de la puérilité

Il est possible de faire sortir l’histoire du père Noël de la crédulité et de la puérilité, de faire qu’elle libère l’imagination, la poésie, l’intelligence. Quand le fils de Françoise Dolto découvrit que le père Noël n’existait pas il lui dit :

Jean               –   « Alors, il n’y aura rien dans mes souliers ? »
Dolto             – « Mais si ! »
Jean               –  « Mais alors, qui l’aura mis ? …. C’est toi et papa qui y mettez quelque chose ? Moi aussi, je peux être le Père Noël ?»
Dolto             – « Bien sûr. Tu peux être le Père Noël et nous allons tous mettre nos souliers sous le sapin. Tu pourras mettre des choses dedans. Tu sauras que c’est toi le Père Noël pour les Autres et moi, je remercierai le Père Noël. Ce sera toi qui auras eu le merci mais je ferai comme si je ne le savais pas. Pour ton père, je ne lui dirai pas que c’est toi ; ce sera une surprise aussi ! »

Jean, ravi et enchanté dit alors à sa mère :
« C’est maintenant que je sais qu’il n’existe pas pour de vrai que c’est vraiment bien le Père Noël ! »

Des valeurs à transmettre

Avant de répondre à la question de l’existence du Père Noël il est donc essentiel de réfléchir aux valeurs que vous voulez transmettre à votre enfant. S’il vous est impossible de faire quelque chose que vous considérez comme un mensonge, mieux vaut expliquer le plus délicatement possible la vérité. En revanche, si vous êtes à l’aise avec l’idée du Père Noël, avec cette tradition qui a enchanté votre enfance, entretenir le mythe contribuera à mettre du merveilleux dans la famille. Dans tous les cas, il sera nécessaire de réfléchir à ce qui est bon pour votre enfant en fonction de sa sensibilité, de son âge, de sa maturité et du contexte scolaire ou familial. Il y a une « partie » à jouer avec subtilité : qu’il ne perde pas confiance en vous, même si c’est un « gentil » mensonge. En plus d’être ancré dans l’imaginaire collectif, le mythe du Père Noël fera partie du développement de votre enfant puisqu’il est voué à disparaître en grandissant.

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